Jacques Mesrine (1936-1979) est le plus célèbre et peut-être le dernier des grands gangsters français. Très connu car très médiatisé, il se surnommait "le Robin des Bois français" et donnait des interviews pour différents journaux français tel Paris Match, cultivant son image d'"Ennemi Public n°1". Une cellule spéciale de la police a été créée (dirigée par le commissaire Broussard) rien que pour l'arrêter. Depuis trente ans, des projets d'adaptation cinématographiques s'étaient multipliés... jusqu'à aujourd'hui. C'est une grande réussite. Jean-François Richet a fait preuve d'une grande maîtrise quant à la représentation très ambigu de ce meurtrier adulé par les médias, habité par Vincent Cassel.

L'oeuvre est séparée en deux films d'égale valeur, même si ce n'est pas pour les mêmes raisons.

De bout en bout, le film nous aspire dans sa description de la vie de jacques Mesrine (de la guerre d'Algérie à ses crimes au Canada). La puissance d’évocation du film tient à la reconstitution minutieuse tant visuelle que scénaristique (rien n’est inventé), à des acteurs en grande forme (Vincent Cassel, évidemment, impressionnant mais aussi Gérard Depardieu), à un rythme haletant qui ne relâche jamais l’intérêt du spectateur et à un découpage du film très bien pensé.

« L’instinct de Mort » est, à l’origine le titre du roman que Jacques Mesrine a écrit sur lui-même lors de sa détention à <st1:personname productid="la Prison" w:st="on">la Prison</st1:personname> de <st1:personname productid="la Santé" w:st="on">la Santé</st1:personname> (raconté dans le volet 2). Le film est plus ou moins adapté de cette autobiographie, à la différence que Richet, le réalisateur, ne vise pas à faire un éloge de son personnage.
Tout est ambigu ici : le réalisateur expose à égalité tant les causes du comportement et des crimes de Mesrine (la guerre d’Algérie entre autres) que la froide violence des crimes eux-mêmes, ainsi que les quelques actions louables du gangster (qui, magnifié par lui-même et par la presse, ont complètement transformé son image). Ainsi, le spectateur est sans cesse hésitant entre un parti pro-Mesrine et anti-Mesrine, est c’est là toute la force du film : il ne prend jamais parti.

Tout est filmé à la manière d’un film américain. L’épisode de la prison canadienne marque l’apogée du film, on est alors complètement immergé dans le film. La scène d’ouverture est aussi très réussie, avec la technique du split-screen. La musique est magnifique. Le niveau du film est constant, jamais l’ennui ne se manifeste : on ne voit pas la fin arriver.
Un des films les plus captivants de l’année. Un chef-d’œuvre du cinéma policier français.
Retraçant la vie de Mesrine depuis son retour en France à sa mort, ce deuxième volet est à placer au même niveau que le premier. Il apparaît alors que les deux films sont indissociables l’un de l’autre, tant des éléments du premier sont mis en valeur par le deuxième.

Ce volet 2 est tout de même moins égal que le premier, car, malgré un rythme toujours aussi haletant, un passage à creux se dessine vers la fin, vite gommé par le final époustouflant. Mais quelques scènes du film sont des réussites totales.
On retrouve toujours le même soin apporté à la reconstitution de <st1:personname productid="la France" w:st="on">la France</st1:personname> de Mesrine, les costumes (on comprend alors mieux le surnom d’« homme aux mille visages » de Mesrine), la même excellence chez les acteurs (à part Gérard Lanvin, comme nous le verrons plus tard). Le film se distingue néanmoins du premier par sa narration des épisodes les plus éblouissants de la vie de Jacques Mesrine : sa première arrestation par Broussard, sa prise en otage de son juge lors de son procès, son évasion de <st1:personname productid="la Prison" w:st="on">la Prison</st1:personname> de <st1:personname productid="la Santé" w:st="on">la Santé</st1:personname> et l’enlèvement d’un milliardaire… Le film n’est jamais aussi réussi que lorsqu’il expose la relation de Mesrine avec les médias : ses interviews données à la presse, son admiration lorsqu’il se voit à la télévision, son comportement lors de ses procès… toute l’image que se donnait Mesrine à aux français et qui l’a transformée en héros.

Une fois de plus, on est captivé par les multiples rebondissements de l’histoire, on est impressionné par le tumulte de la vie de Mesrine qui semble avoir été écrite pour le cinéma. Le seul moment où le film perd en intensité se situe vers la fin, lorsque est évoqué la fin de la bonne relation de Mesrine avec les médias : la torture qu’il a fait subir à un journaliste ayant eu le malheur d’écrire un article négatif sur Mesrine. Cet épisode est trop long, et Gérard Lanvin n’est absolument pas crédible, voire même risible (il faut écouter son accent).

Mesrine semble se considérer comme le héros d’un jeu-vidéo à décor réel, faisant ce qu’il veut, réécrivant le passé et se présentant tantôt comme un libérateur, un révolutionnaire, tantôt comme un criminel très dangereux. Il multiplie les contradictions dans son discours, jusqu’à sa fin… Fin qui est un véritable final, la meilleure séquence du diptyque de Richet.
Le premier film débutait par l’évocation des quelques instants précédant la mort de Mesrine du point de vue du gangster. Le second débute, lui, sur les quelques instants qui suivent la mort de Mesrine, fusillé le 2 novembre 1979 Porte de Clignancourt à Paris. Le diptyque s’achève sur la narration de la mort de Mesrine, mais du point de vue de la cellule anti-Mesrine du commiassaire Broussard. On prend alors toute la mesure de l’effroi qu’inspirait Mesrine. La musique est magnifique. Le plan final est l’apogée de cette évocation de la vie de Jacques Mesrine.

Ce final a été contesté par le commiassaire Broussard, qui réfute cette decription des faits. C’est en effet une des rares marques de subjectivité du film.
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Note finale : 19,5/20
On ne peut pas regarder un film sans l’autre, et certainement pas le volet 2 avant le volet 1.<o:p></o:p>